Le Conseil d’État a validé la décision du tribunal administratif de Nancy, prise le 7 décembre dernier, d’arrêter le maintient en vie d’une adolescente de 14 ans, qui est dans le coma. Elle est atteinte d’une maladie nerveuse incurable et d’après les médecins n’a aucune chance de retrouver un jour ses capacités de vie. Pour l’instant elle est nourrie artificiellement. Si on arrêtait les appareils, elle mourrait séance-tenante. Les parents s’opposent à ce qu’on mette ainsi un terme à la vie de leur fille. Ce qui pour moi était à première vue une évidence, ne l’est plus tellement aujourd’hui. J’ai une collègue et amie qui tourne depuis des années des documentaires concernant ce genre de cas, où il y a eu effectivement des patients, qu’on disait pratiquement mort, qui parfois après des années de soins, se sont réveillées et qui sont en mesure de vivre à peu près normalement. Les proches de ces personnes avaient vécu de tels pressions. Ce n’est que grâce à leur ténacité qu’ils ont été sauvés au grand dam de tous ceux qui voulaient dépecer la victime de ses organes sains, parfois pour faire un bon business. Dans le cas de Nancy, il est probable que les médecins agissent d’une manière juste, en tenant aussi compte de l’état corporel et mental en cas de réanimation. Loin de moi, de mettre en doute leur intégrité. Néanmoins je peux parfaitement comprendre l’avis des parents, qui s’en remettent actuellement à la justice européenne. L’hôpital a déclaré maintenir en vie cette patiente, jusqu’au jour, où la cour de Strasbourg aura rendu son verdict. D’après la loi, les médecins seraient habilité d’arrêter les appareils dès maintenant, mais ils ne le font pas, car ils ne veulent en aucun cas être pris comme responsables d’une mesure prise contre l’avis de la famille. Weiterlesen…

Non, je ne vais pas faire de la théorie en parlant de la mort assistée. Je vais citer plusieurs situations auxquelles j’étais confronté. En tant que journaliste j’ai tourné un film aux Pays-Bas concernant l’euthanasie, d’autres sur la médecine palliative ou sur la mort dans un hospice. Mais aussi dans le cadre personnel, comme le décès de ma maman et d’un ami proche. Chez les deux derniers nommés, j’ai vécu ce qu’on serait en droit de nommer le harcèlement thérapeutique. Chez ma mère les médecins voulaient en 1995 à Genève la garder en vie, ceci malgré leurs dires qu’il n’y avait plus aucun espoir. Les reins ne fonctionnaient plus ainsi que d’autres organes. Elle était raccordée à une machine qui la maintenait en vie artificiellement. Elle m’avait recommandé de dire au médecin, qu’on la fasse partir naturellement, ce qui n’avait tout d’abord pas été le cas. Elle n’avait laissé aucun écrit à ce sujet. J’insistais auprès des médecins qu’ils la laissent s’endormir. Ce n’est qu’après reçu l’aval de son frère, qu’ils acceptèrent de faire ce pas. C’est dans cette situation que je me suis rendu compte à quel point il était difficile pour un médecin de prendre une telle décision. Je leur en suis reconnaissant. De même chez un ami il y a deux ans, qu’on a gardé en vie après une rupture de l’aorte. Les chirurgiens ont fait trois opérations sachant qu’il avait un cancer généralisé et qu’il n’en avait que pour quelques jours. L’hôpital a encaissé en une semaine plus de 80.000,00 Euros. N’étant pas de la famille, je me suis malgré tout rendu à la clinique, où un médecin supérieur, le chef de service de l’unité, a daigné me voir. Je lui ai dit que j’étais journaliste et que je trouvais scandaleux qu’on le garde en vie dans de telles conditions. Que ce qu’ils faisaient n’était qu’une planche à billets. Le fait est, que deux heures plus tard il était mort. Weiterlesen…

Ce matin je dois me rendre aux obsèques d’une dame qui a souffert depuis des années du cancer. Les médecins ont tout fait pour la maintenir en vie. Ces thérapeutes sont complètement stressés par des heures de travail sans fin, par la confrontation quotidienne avec des personnes voulant braver la mort. Il est de notoriété publique qu’avec les progrès de la médecine les gens pensent de plus en plus qu’ils sont immortels. Cela amène les médecins a vouloir faire l’impossible et les soumet à une pression insupportable. Dans de telles conditions il n’est pas étonnant que ces derniers sombrent souvent dans la dépression. Pour pouvoir supporter une telle gageur il faudrait être de marbre. Ils ne le sont pas ! Sans empathie il est impossible d’avoir un succès en ce qui concerne la santé. Un des phénomènes les plus marquant de notre époque est l’abnégation complète de ce que signifie la mort. Que l’on veuille ou pas, elle fait partie de la vie. Vouloir à tout prix la repousser dans le temps, est une utopie. La question de l’éthique médicale est fondamentale. Il est indispensable de savoir le pourquoi d’une thérapie. Vouloir pratiquer sans réflexion philosophie ou religieuse des soins, est un suicide moral pour ceux qui les pratiquent. D’après ce que je sais, ces questions ne font pas toujours partie de la formation d’un médecin. Si on ne veut pas le comparer à un mécanicien, il faut tenir compte de ce qu’on nomme communément l’âme. L’âme du patient et celle du thérapeute. La philosophie devrait être un des points essentiels de toutes formations. Il faut qu’il sache le pourquoi de ce qu’il pratique. J’ai souvent l’impression qu’il se livre à des joutes scientifiques et qu’il n’analyse pas toujours la portée de son action. Weiterlesen…

Nicolas Bonnemaison, comme beaucoup d’urgentistes, s’est toujours trouvé à nouveau dans une situation, où le médecin doit apprécier ce qu’il y a lieu de faire en ce qui concerne des personnes au seuil de la mort. On l’accuse de l’avoir accéléré dans 7 cas bien précis. Il est jugé en appel à la cour d’assise de Maine-et-Loire à Angers. J’ai été confronté pas plus tard qu’au début de cette semaine, à un cas où les praticiens ont pris en fin de compte la décision d’arrêter les soins intensifs, comme la dialyse par exemple. La mort de mon ami s’en est suivie une heure plus tard. Cela s’est passé lundi à Munich. En Allemagne chaque citoyen peut remplir un formulaire dans lequel il stipule ses dernières volontés à ce sujet. Il peut s’opposer à tout acharnement thérapeutique et bien spécifier jusqu’où peuvent aller les médecins. Il l’a fait. Le corps médical doit s’y conformer, tant qu’il ne s’agit pas d’euthanasie. J’ai parlé au responsable de l’équipe en exprimant ce que mon ami m’avait toujours évoqué, soit de le laisser s’endormir en paix, de laisser la nature faire son devoir. Dans ce cas bien précis il y a eu dialogue constant entre l’hôpital et la famille. La loi régit précisément que seul un collège de médecins peut prendre une telle décision et ceci après avoir constaté que toutes thérapies ne serviraient plus à rien. Tout devient plus compliqué si à côté d’une déficience cardiaque majeure, le patient est victime d’un cancer. Si les reins ne fonctionnent plus, si tous soins deviennent obsolètes. Chez mon ami vient s’ajouter qu’il a subi une attaque cérébrale, dont les effets sont inconnus tant que la personne est dans le coma. Mais malgré toutes les modalités pour humaniser un décès, il restera toujours un fait objectif, celui de la décision finale. Celle-ci ne peut qu’être prise par le corps médical et ceci en contact directe avec les proches. Weiterlesen…

Vouloir sauver un être cher à tout prix, est un réflexe tout à fait naturel. Nous voulons repousser la mort, lui donner de moins en moins d’emprise, mais c’est une illusion car en fin de compte elle vaincra toujours. Les médecins feront tout pour combattre la maladie, remettre en état des organes malades. Le serment d’Hippocrate leur dicte de tout tenter dans l’intérêt du patient, de ne pas laisser passer la moindre chance de sauver un être humain. Jusqu’où peuvent-ils aller ? Ont-ils le droit de manipuler ce que la nature ferait d’elle-même ? Avec les progrès de la médecine il est possible de repousser l’échéance normale d’un décès. Les moyens techniques le permettent. Mais est-ce une solution humaine ? Peut-on ainsi remettre en question le destin ? C’est un des points d’interrogations les plus délicats de l’éthique médicale. Est-ce aux thérapeutes à décider ce qu’il y a lieu de faire ? Même si la personne concernée a expressément émit le souhait qu’on ne lui prolonge pas la vie inutilement, c’est l’instant qui dictera toujours la manière d’agir. Le moindre espoir devra être pris en considération, faute d’erreur grave. Toute la question de l’euthanasie est liée à une telle décision. Qu’on le veuille ou non, il est quasi impossible de prendre une mesure équitable. Est-ce au médecin de le faire ? Ou aux parents ? Il ne peut pas y avoir de réponses satisfaisantes. Il est vrai que beaucoup de praticiens ne veulent pas se déclarer impuissants face au destin. Pour être efficaces, ils ne peuvent pas le considérer comme une fin en soi. S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait eu aucun progrès dans le domaine thérapeutique. Il est évident que les progrès repoussent de plus en plus les limites du possible. Weiterlesen…

Une fois de plus la question de la mort assistée est en discussion. Les uns plaident pour elle, les autres s’y opposent, comme c’est mon cas. Je ne veux évidemment pas que les malades incurables souffrent le martyre. L‘ harcèlement thérapeutique n’est pas non plus mon fait. Je pense que la nature devrait agir sans aide extérieure. Ceci pour éviter tous abus, d’entrer dans la logique de l’eugénisme qui opère des sélections. Je ne veux pas que tous ceux qui n’ont pas les moyens financiers soient éliminés en cas de maladie pour des raisons économiques. Mais il serait aussi insupportable des les faire souffrir inutilement. C’est là que doivent intervenir les soins palliatifs. Je sais, ils ne sont pas toujours efficaces, une raison de plus de développer des médicaments plus performants. Il est évident que l’industrie pharmaceutique aurait les moyens de le faire, mais est-ce lucratif ? N’est-il pas plus simple de « piquer » tous ceux qui sont arrivés au bout de leurs forces ? Weiterlesen…