Ce qui aurait dû être le point de départ d’une époque de liberté est devenu le symbole de la régression. Je veux parler de la chute du mur de Berlin, qui a redonné du punch aux forces perverses du passé, qui a marqué le renouveau du fascisme et du nazisme. Je trouvais à l’époque absolument nécessaire que le communisme s’effondre, car il avait trahi son idéologie, celle de la liberté. Qu’il maintenait des millions de citoyens dans une cage. Je condamnais alors le Stasi et toute l’horreur qu’il propageait en faisant subir des lavages de cerveau à toute une population ! Je m’étais réjoui qu’il était enfin possible pour les victimes du régime de sortir de prison, de pouvoir s’éclater. Mais lorsque je vois comment cela se passe 30 ans plus tard, je me demande bien si les gens ont bien compris le sens de la révolution de 1989 ? Aujourd’hui je vois que le totalitarisme revient en force, que le message propagé à l’époque, celui de l’émancipation a été bafoué. Tout cela me fait douter de l’homme, me rend très méfiant par rapport à l’avenir. Peut-on encore faire confiance à la politique dans de telles conditions ? J’aurais à l’époque évité de poser une telle question, car je croyais alors – un peu naïvement – qu’elle était en état de se surpasser. Je dois constater le contraire. D’accord, je broie du noir, mais lorsque force est de constater qu’en Thuringe, dimanche dernier le leader local de l’AfD a obtenu 23 % des voix. Que le patron du Flügel, l’aile néonazie de ce parti, a été plébiscité, j’en éprouve de la nausée. Pour l’instant je ne vois pas de soleil à l’horizon, plutôt du « brun caca ». De quoi me donner le blues.

Comme démocrate je ne peux que constater l’échec de ce qu’aurait dû être la signification de cet événement essentiel qu’était l’effondrement de la RDA. Cela me met hors de moi, que bien des citoyens n’aient pas compris la portée politique de ce renversement, qu’ils aient été dans l’incapacité de sauter par dessus les ombres du passé pour créer du neuf. Sous cet aspect-là 1989 a été un échec. Aucune raison pour moi de sabler du champagne et de commémorer le 30ème anniversaire de cet épisode qui aurait dû apporter le changement. Lorsqu’on voit ce qui se passe en Hongrie ou en Pologne, il est possible de constater, où tout cela mènera. Au totalitarisme je n’en doute pas. Non, pour ma part je ne peux pas soutenir les thèses positives de certains. La raison essentielle de mon attitude, c’est que nous avons été dans l’incapacité d’inventer une nouvelle forme de société. Nous avons introduit dans les républiques populaires le capitalisme dur et pur. D’accord, tout en donnant l’assurance aux plus nécessiteux que s’ils se mettaient à l’ouvrage, ils pourraient avoir une part du gâteau. Cela a été un mensonge pour la plupart d’entre-eux. Il n’est pas étonnant qu’il s’en est suivi de la grogne, qui a été canalisée par les extrémistes de droite. Puis il y a toujours les grandes disparités en ce qui concerne les revenus entre l’Est et l’Ouest. Cela concerne aussi les rentes. 3O ans après la révolution pacifique de 1989, des centaines de milliers de personnes ne sentent plus représentés par la démocratie, bien plus par l’autocratie. C’est une réalité qu’il ne faudrait pas escamoter, plutôt l’analyser et prendre rapidement des mesures adéquates pour atténuer les disparités. Le seul moyen d’enrayer l’épidémie !

pm

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/30/la-revolution-de-1989-n-est-pas-un-echec-elle-pourrait-meme-etre-le-debut-de-l-histoire_6017444_3232.html

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