Dans l’interview que le président de la République a donné sur France 2 à Laurent Delahousse, il a déclaré qu’il faut repenser l’audiovisuel. Je salue sa volonté qu’il y ait un débat avec le public, afin de trouver des solutions qui soient adaptées au monde d’aujourd’hui et de demain. Une réflexion que je mène depuis des années. Il est évident pour moi, qu’il faut suivre deux voies différentes. D’une part les auditeurs et les spectateurs veulent qu’on leur donne des repaires. Les programmes, même s’ils paraissent arbitraires, à une époque, où tout le monde peut choisir à la carte ce qu’il veut entendre ou voir, donnent une structure éditoriale en ce qui concerne avant tout l’information. C’est justement dans le choix des sujets et de la manière de les présenter, qu’il peut apparaître des opinions contradictoires. Mais tout ceux qui ont des responsabilités rédactionnelles, devraient avoir le courage d’être plus courageux, de se « mouiller » plus, même si cela ne plaît pas aux dirigeants. On achète moins « Le Canard enchaîné » pour les nouvelles qu’il diffuse, que de la manière qu’il traite la vie politique. Ceci en principe sans concessions, comme on l’attend du journalisme d’investigation. Pour l’audiovisuel il s’agirait de faire de même. Le pouvoir devrait alors s’accommoder que cela peut faire mal. Autrement il n’y aurait plus de raisons de garder le modèle actuel, qui aurait fait effectivement son temps, sans de telles réformes.

D’autre part, le public veut pianoter sur son ordinateur et chercher les sujets qui l’intéressent. Mais la aussi il restreint son indépendance en faisant appel aux sites des grands journaux, comme Le Monde, pour pouvoir se repérer, pour voir quelles priorités ont été choisies par une équipe éditoriale. S’il fait appel comme moi à plusieurs organes, que ce soit en France ou ailleurs, il pourra se faire une certaine idée des événements dont il s’intéresse. Mais où cela devient dangereux, c’est de glaner presque uniquement ses infos sur des sites sociaux. Sans essayer de recouper ce qu’il y apprend avec des organes plus fiables, il peut être soumis à la désinformation. Prenons mon exemple. J’essaie de traiter l’actualité avec le plus d’arrière fond possible, mais ce que j’écris est parfaitement subjectif, ce qui est mon droit le plus élémentaire. Ce que je fais ici, c’est du journalisme d’opinion. La fascination que l’internet éveille en particulier chez les jeunes, c’est qu’ils ont le droit à la parole. Ce qui me plaît personnellement que c’est un moyen de diffusion des plus démocratiques, si on l’utilise bien. Je pense que les enfants à l’école feraient bien d’apprendre comment utiliser d’une manière intelligente ce média. Mais si Emmanuel Macron veut qu’il fonctionne, il doit accepter son indépendance absolue. Les seules restrictions qu’il est permis de faire, c’est de mettre un frein à la diffamation, pas un iota de plus. C’est une remise continuelle en question du pouvoir politique et de la société en général. « En marche la République » n’aurait jamais pu avoir un tel succès, sans les plate-formes sociales. Si le monde politique accepte d’être remis en question, l’internet est une ouverture fantastique. Les débats qui devront avoir lieu en début d’année 2018 devront avant tout aller dans ce sens.

pm

http://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2017/12/17/ce-qu-il-faut-retenir-de-l-interview-d-emmanuel-macron-sur-france-2_5231119_5008430.html

Pierre Mathias

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