Ce qui se passe dans l’empire carcéral est une réplique de ce qui se déroule dans la vie de tous les jours, mais dans un espace réduit. Un bouillon de culture avec tous ses aspects négatifs. Mais dans un tel environnement, il n’y a pas d’échappatoires. Tous les réflexes sont multipliés par mille, ce qui amène forcément des réactions violentes. Un pénitencier engendre de la haine. Je suis persuadé qu’il en serait de même si j’étais dans une telle situation. Contrairement aux camps de concentrations, la majorité des détenus ne sont pas forcément psychologiquement détruits, car dans la plupart des cas il y a une autre issue que la mort. Une société dans la société se forme et a ses propres lois. Celles d’un régime autoritaire, où les faibles doivent se soumettre aux quatre volontés des boss. C’est souvent aussi le cas des gardiens, qui voient dans de tels actes de soumission le seul moyen de se faire respecter. Les liens entre eux et ceux qu’ils doivent surveiller, sont souvent pour ceux qui comme moi observe de l’extérieur de tels comportements, difficiles à comprendre. Mais si on se penche un peu plus sérieusement sur ce je nommerais la cage aux bipèdes, on est obligé d’admettre que ce milieu étouffant est régi par la violence. Les gardiens eux aussi sont en quelque sorte mis sous tutelle. S’ils ne se conformaient aux règles édictées par les détenus, ils se retrouveraient dans un terrain perdu, avec tous les dangers que cela représente. Lorsqu’il y a surpopulation, comme c’est le cas en France, la moindre tension peut mettre le feu à la maison. S’il y a un accord tacite avec les boss, en principe la violence peut être contenue. Mais il y a aussi des détenus qui ne se soumettent pas aux règles virtuelles que j’ai évoquées. Ce sont les djihadistes qui ne se considèrent pas comme étant criminels, car leurs actions sont guidées par la volonté d’Allah. Ils se démarquent ainsi des détenus de droit commun. Il n’est pas étonnant qu’ils ne peuvent que survivre, dans un milieu, qui à priori leur est hostile, en exerçant de la violence. L’agression à l’arme blanche de trois gardiens par un détenu djihadiste ne m’étonne pas en suivant ce raisonnement. Weiterlesen

D’après des nouvelles statistiques, 30.000 djihadistes étrangers se sont rendus en Irak et en Syrie pour rejoindre les rangs de l’EI. Des jeunes gens prêts à se sacrifier pour une cause pour eux plutôt abstraite. Elle a pour beaucoup d’entre-eux rien à voir avec leur origine ou la croyance de leurs familles. Comment expliquer ce phénomène ? Peut-être une espèce de suicide collectif ? Probablement une réponse à une société qu’ils considèrent comme étant dégénérée et qui à leurs yeux doit être anéantie. Une démarche à première vue irrationnelle, mais qui a pourtant une certaine logique. Est-ce le Coran qui les amène à devenir des meurtriers ? Ils voudraient le nous faire croire, mais ce n’est pas le cas. Mais il y a un phénomène général : celui de la recherche d’une certaine spiritualité. Ce n’est pas sans raison que l’ésotérisme gagne de plus en plus d’adhérents, que les philosophies orientales prennent souvent le relais de nos religions. C’est la preuve que le matérialisme ne suffit pas à satisfaire beaucoup de jeunes. Il y a aussi la volonté de servir à quelque chose, de ne pas faire partie d’un troupeau de moutons qui se plient aux lois du capitalisme. Ils ont la volonté de nager à contre-courant. En soit un réflexe sain, tant qu’il n’inclut pas le crime. Mourir pour une cause, une parole qui depuis des générations est synonyme de sacrifice. La volonté d’apporter la rédemption par la violence, est pourtant une utopie. Que ce soit l’inquisition ou toute autres idéologies, cela va toujours à contre-courant de l’éthique. Les raisons philosophiques, aussi erronées soient-elles, s’estampent rapidement pour laisser place à l’arbitraire. L’horreur devient une fin en soi. Weiterlesen