Tout ce qui a un relent rappelant la fin de la République de Weimar et l’avènement du nazisme au pouvoir en 1933, suscite un sentiment d’impuissance. Les Allemands sont bien conscients qu’il en va plus que des élections normales. Il en va de l’Europe, de l’avenir des relations privilégiées entre les deux pays. Le discours « musclé » de Madame Le Pen butte sur du rejet, car il se base presque exclusivement sur le passé, sur un passé faits d’ombres et de douleurs. Si elle arrivait au pouvoir, ce serait le déni de tout ce qui a eu lieu jusqu’à présent, le retour à une époque glacière. Détruire au lieu de construire, c’est une attitude rejetée dans sa grande majorité par les Allemands. Le pendant du FN, le AfD, est en pleine crise actuellement. Frauke Petry, la femme qui dirige cette formation, ne se présentera pas comme tête de liste aux élections du Bundestag en septembre de cette année. Ce parti d’extrême-droite est en train de perdre des plumes. Il est difficile dans un tel contexte de dire où il va. Les observateurs peuvent s’imaginer qu’il se dirige encore plus à droite, pouvant ainsi servir de refuge aux néonazis. Ils ont l’impression que c’est aussi le cas du FN, mais avec plus de soutien au sein de la population. Ils se posent la question comment on pouvait arriver que cette formation devienne le premier parti de France? Comment se fait-il qu’une nation, où normalement il fait bon vivre, puisse tomber dans une telle dépression. Il y a certes des problèmes économiques, mais le niveau quotidien des ménages est encore élevé, à part tous ceux qui sont sans travail.

Pour les habitants d’outre Rhin ceci est déconcertant. Dans un tel contexte ils voient Emmanuel Macron comme une personne qui pourrait dans le dernier sprint emporter la palme. Mais ils ne peuvent pas mettre leur main dans le feu que cela réussisse dimanche. Son ascension dans les sondages suscite de l’admiration, mais de parler d’enthousiasme serait exagéré. Ils le voient plutôt comme un rempart pouvant endiguer en dernière minute la montée du populisme, que cela soit de gauche ou de droite. En ce qui concerne François Fillon, ils ne peuvent pas comprendre qu’après la révélation de ses affaires, il n’ait pas jeté l’éponge et qu’il déstabilise ainsi les présidentielles. Lorsqu’il est question d’avantages personnels, les Allemands rejettent de façon véhémente de tels agissements. Ils ont de la peine à se dire que le leader du LR ait encore des chances de parvenir au second tour. Et Jean-Luc Mélenchon ? Ils se rendent parfaitement compte qu’il est un tribun, mais se font soucis à cause de l’Europe. Bien que ce dernier ait déclaré qu’il n’avait pas l’intention que la France quitte l’UE et qu’il accepte l’euro, ils voient en lui un symbole du passé qui leur fait penser à l’ex-RDA. Et les partis ? Je pense qu’ils sont pour l’instant obligés de garder une certaine distance par rapport à des soutiens pour tel ou tel candidat. Prenons le cas du SPD. Martin Schulz ne pouvait pas faire autrement que de soutenir Benoît Hamon, mais je pense qu’il est plus proche d’Emmanuel Macron qu’on le pense. Ce serait aussi le cas de la Chancelière, pour qui Fillon n’est pas un modèle d’intégrité.

pm

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/19/la-presidentielle-vue-d-allemagne_5113702_3232.html

Pierre Mathias

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