Ce qui se passe actuellement en Turquie est bien plus grave que ce qu’on pourrait croire. Le président Erdoğan remet en question tout l’équilibre au Proche et Moyen-Orient. Il affiche la volonté de mettre les peuples de cette région au pas en exerçant la répression. Il y a d’abord la guerre qu’il a déclarée aux Kurdes, puis à toutes les ethnies qui ne se soumettent pas. Le pays fait encore partie de l’Otan, mais pour combien de temps encore ? Un rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine n’étonnerait personne. Ce n’est pas une bagatelle, un coup de tête. Un tel cas de figure serait égal à un séisme. Le coup porté à l’Occident serait irrémédiable. Sunnite comme la majorité du peuple turc, il serait probable qu’à plus ou moins longue échéance les islamistes lui tendent la main. Ceux qui sont à l’origine des attentats, pourraient bien lui porter un jour allégeance. Ce qui ressemble à un mauvais rêve devrait assez vite devenir réalité. Et nous ? Une fois de plus nous faisons la démonstration à quel point nous sommes faibles. Logiquement il faudrait arrêter de négocier un hypothétique ralliement à l’UE. Le régime autoritaire d’Ankara ne correspond en aucune manière à ce que l’Union européenne peut accepter. Erdoğan blesse toutes les règles de jeu. Il en est parfaitement conscient et essaie de nous faire chanter. Les conséquences risquent d’être aussi graves que le Brexit, sinon plus. Il est symptomatique de constater qu’une certaine forme de l’islam est en train de nous talonner de plus en plus. Stratégiquement parlant, un ralliement à de telles thèses de la part de la Turquie, serait ce qui pourrait nous arriver de plus grave. Aujourd’hui se réuniront à Cologne plus de 30.000 supporteurs du président. Les autorités politiques auraient du interdire une telle manifestation en prétendant, qu’un meeting politique d’une nation étrangère, était absolument inacceptable. Une telle démonstration d’un parti occidental à Ankara ou ailleurs serait du domaine de l’impossible.

Cela démontre à quel point de déchéance nous sommes arrivés. Nous acceptons sans brancher une telle situation. C’est une preuve absolue d’impuissance. Ce fait est symbolique. Il est pour moi évident que Recep Erdoğan joue avec nous au chat et la souris. Il ne pouvait pas attendre plus de nous ! Il sait parfaitement que nous sommes dépendants de lui. L’accord signé entre l’UE et la Turquie en ce qui concerne l’afflux des réfugiés est parfaitement fatal. Cela nous amène à flirter avec la dictature et de perdre de plus en plus pied. Que faire ? Dans l’état actuel de la situation, il faudrait menacer de rompre le dialogue. Un régime qui met en pratiques l’emprisonnement et la torture des opposants, n’est plus une démocratie comme voudrait le faire croire le tout puissant président. Museler la justice, la presse et le commerce fait partie de la panoplie des populistes comme ceux en Hongrie et en Pologne. C’est le signe avant-coureur de l’effondrement de la démocratie. Nous en sommes malheureusement arrivés là. La raison pour laquelle nous devons rester durs envers de telles mesures. Il est à craindre que la tolérance ne sera bientôt que de la rhétorique. Ce qui se passe Turquie pourrait être le début de la fin.

pm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/31/turquie-le-president-erdogan-veut-renforcer-son-emprise-sur-l-armee-et-le-renseignement_4976672_3214.html

Pierre Mathias

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