Pendant une journée, les étudiantes des sciences po ont eu l’occasion de porter le voile, afin de se rendre compte ce que cela pouvait représenter. Je suppose que dans la rue, elles ont vécu un certain recul. Y-aurait-il plutôt des raisons religieuses ou est-ce du domaine de la sociologie ? N’oublions pas que le port du voile était monnaie-courante il n’y a pas si longtemps que cela en Europe occidentale. Là aussi il était considéré comme un acte de soumission. Ce n’est qu’avec l’émancipation des femmes, qu’il a été relégué dans les armoires. De même dans certaines populations d’origine musulmane. Dans les années 60 et 70 il était rare de le voir dans les banlieues. Cela a changé ! Quelles en sont les raisons ? Lorsque les habitantes de souche étrangère se sont aperçues que l’égalité n’était qu’une expression vide de sens, elles se sont mises à se poser des questions sur leur identité. Comme on ne les a jamais prises pour des citoyennes à part entière, elles ont eu à cœur de marquer leurs différences. Pour un pays ou la laïcité est un dogme, c’était un affront que nous avons provoqué par notre manque de tolérance. Lorsqu’il y a débat à ce sujet, peu d’entre-nous veulent reconnaître que nous sommes les principaux responsables. Nous avons poussé des gens dans un conflit post-colonial. Pour marquer leur rejet d’une attitude discriminatoire, nombre de femmes ont pris le parti de marquer par leur aspect extérieur leur mécontentement. D’autres y ont été forcées par leurs machos de maris ou leurs proches. C’est là qu’il faut voir une différence. L’autre grand problème est le fait que notre société a galvaudé ses valeurs. Il faut se rendre à l’évidence que le matérialisme est du poison en ce qui concerne la morale, sans parler du capitalisme. Nous ne pouvons pas servir d’exemple, au contraire. Notre attitude provoque un radicalisme de plus en plus grand du fondamentalisme religieux.

Des personnes, qui de part leurs origines, n’étant pas particulièrement croyantes, trouvent refuges à l’ombre des minarets. Qu’elles soient l’otage d’une idéologie anti-occidentale ne peut pas dans bien des cas être niée. Ce qui se passe ici est une révolte des plus défavorisés. Nous portons l’entière responsabilité de cette évolution, dont nous voyons aujourd’hui les effets pervers. Serait-il honnête de prétendre que le port du voile est en quelque sorte un signe politique ? Si cela était le cas, ce serait un signe de résistance par rapport à notre manque de tolérance. L’atmosphère se détériore de plus en plus, car au lieu de faire un retour en arrière, la provocation est devenue omniprésente. Ce n’est pas avec des interdits qu’on provoquera quoi que ce soit. Comme adhérent inconditionnel de la laïcité, je suis pour une séparation complète de l’État par rapport aux religions. Dans un tel cas l’interdiction du voile serait une suite logique. Mais cela n’est pas le cas, car ce qui se déroule aujourd’hui est une action avant tout identitaire. Si je veux que les droits de l’homme soient respectés, je ne peux pas lancer des interdits. Il serait opportun d’entrer dans un dialogue avec tous nos citoyens d’origine étrangère et leur tendre la main au lieu de leur montrer du mépris. Si nous ne le faisons pas, le terrorisme et le populisme d’extrême-droite gagneront du terrain !

pm

http://www.liberation.fr/france/2016/04/20/a-sciences-po-le-hijab-day-fait-debat_1447453

Pierre Mathias

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