Trouver du boulot ou un appartement en ayant un nom et prénom arabe n’est pas une partie de plaisir. « Désolé, nous avons pas pu prendre compte de votre candidature. » Et ceci malgré de très bonnes références, des études brillantes, un casier judiciaire vierge et un passeport français. Aussi le lieu d’habitation joue un rôle essentiel. Qui habite à Neuilly-sur-Seine a de meilleures cartes. Il va sans dire que je trouve une telle ségrégation inhumaine et totalement injuste. Si le fait de se nommer Isidore au lieu de Hakim est un critère, la bêtise ne connaît plus de limites. C’est la preuve que le racisme est encore de mise dans la vie quotidienne. Je trouve illégitime d’obliger des personnes, peu importe d’où elles viennent, de renier leurs origines, de couper leurs racines à cause de certains imbéciles – des Européens de souche – pour avoir droit au même traitement que ceux dont les familles vivent depuis des générations en France ou ailleurs. Peu importe le pays, l’exclusion ne connaît pas de frontières. L’intégration n’est pas égale à l’assimilation. Il ne peut pas être question de renier son histoire pour des raisons pratiques. Je suis un partisan de la sauvegarde de l’identité. Cela n’est pas toujours simple. Pour ma part je ne sais pas trop à quel monde j’appartiens ? Est-ce le monde de mes ancêtres ou celui du milieu, où j’ai été élevé ? Pour ma part la deuxième option est de loin en tête. Mes parents ont quitté l’Allemagne en 1936. Ils étaient de culture germanique. En 1944 ils ont changé de religion. J’ai été baptisé.

En plus j’ai vécu depuis tout petit en francophonie. J’étais réfractaire à la langue de mes parents et leurs répondais en Français lorsqu’ils m’interpellaient en Allemand. Je ne supportais pas qu’ils parlent la langue de Goethe dans la rue. Il faut dire que c’était peu après la fin de la seconde guerre mondiale et que les Allemands n’étaient guère en odeur de sainteté dans ma région, où la résistance dans les années noires avait été virulente. Il y eut un grand nombre de victimes. Je me mis à détester tout ce qui avait un relent de germanisme. Aujourd’hui je ne pense évidemment pas ainsi. Depuis que je vis en République Fédérale, j’ai appris à connaître les grandes qualités de cette culture, mais je resterai jusqu’à ma mort un élément étranger, ma patrie étant la France. Je n’ai pas perdu mon accent, Dieu soit loué ! Souvent les gens m’interpellent dans ma langue natale et m’apprécient pour cette dualité. La preuve que le fait de posséder en soi une autre culture peut-être un atout considérable. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour mes amis arabes ? Il faut vraiment avoir un petit esprit pour exiger de tous d’être fait du même bois. Aucun programme à l’échelle nationale peut avoir du succès, tant que les gens se replient sur eux-mêmes. La richesse de la culture française ne vient pas de l’ostracisme mais de l’ouverture. N’oublions pas qu’au cours de la Renaissance l’Italie a laissé une profonde empreinte. La migration a été à l’origine de sa diversité. Le génie français en a été profondément influencé. Ayons la grandeur d’accepter la différence, car elle nous apporte plus que le repli sur soi-même. C’est chez les enfants qu’il faut développer la tolérance et leur dire qu’elle n’est pas sens-unique, au contraire !

pm

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/09/30/mes-parents-voulaient-un-prenom-occidental_5362354_3224.html

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