Que la dépression, le burnout, ou le borderline puissent être considérés comme des maladies du travail est une bonne chose. Elles sont souvent provoquées par la pression exercée sur le personnel, de l’ouvrier jusqu’au cadre supérieur, qui est devenue parfois insupportable. L’obligation d’avoir du succès, mine la santé mentale des employés. En particulier la peur de ne pas atteindre les objectifs financiers, par exemple. Ces derniers sont étroitement liés à la garantie de l’emploi. Une épée de Damoclès qui menace constamment de s’abattre sur l’un ou l’autre. Beaucoup de personnes concernées sont complètement dépendantes des revenus venant du travail. Beaucoup d’entre-elles se sont endettées avec l’achat d’un appartement ou d’une maison individuelle. De la voiture jusqu’au mobilier, tout a été acheté à crédit. Au bout du mois il ne reste plus rien. Parler de réserves, serait presque pervers, à moins d’avoir bénéficié d’un héritage. Pas étonnant qu’au moindre incident tout menace de s’écrouler. Mettre aujourd’hui de l’argent de côté est une illusion. Le maintien d’un emploi peut être comparé à l’art d’un équilibriste, qui passe d’un côté de l’arène à l’autre sur une corde raide sans filet de retenue. Au moindre incident extérieur, il se trouve en danger de tomber. Et si cela devait arriver, il serait dans le meilleur des cas blessé.

De vivre dans de telles conditions, est plus qu’astreignant. Il n’est donc pas étonnant que cela représente un poids mental considérable. Tout comme toutes les concessions à faire, afin de ne pas perturber le quotidien. Le harcèlement psychique découle directement de cet état d’insécurité. Avant de se défendre contre de tels méfaits, les victimes réfléchiront par trois fois, si elles peuvent se permettre de répliquer, car les conséquences pourraient être considérables si elles se rebiffaient. Afin de ne pas attirer l’attention sur elles, elles préféreront souvent se taire, ce qui est une atteinte à leur honneur. L’impression d’être constamment pris en otage rend malade. Je peux en parler en conséquence de cause. J’ai été soumis à l’époque à une telle situation par mon directeur de rédaction. J’avais le choix entre deux options : me taire et de continuer à avaler les injustices sans y répondre ou de me braquer contre de tels agissements. J’ai choisi la deuxième manière d’agir en prenant le risque de perdre séance-tenante mon emploi, car j’étais à l’époque un pigiste, ce qui est courant dans le métier de journaliste. Cela a été un quitte ou double, que j’ai heureusement gagné. Mais vous pouvez bien vous imaginer que de telles contraintes ont laissé des traces inaltérables. C’est ce qui m’a amené à faire une analyse. J’ai eu des collègues qui dans des situations identiques qui se sont suicidés. En particuliers lorsqu’on est arrivé au seuil fatidique de la cinquantaine. Tous ceux qui sont éjectés de leur travail à cet âge, ont vraiment peu de chances de retrouver un emploi identique à celui qu’ils avaient. Beaucoup d’entre-eux sont au chômage, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner. Il y a tout d’abord l’alcool qui détruit tout sur son passage. Nombre de couples se séparent dans de telles conditions. La plupart des gens qui ont atterri dans la rue, ont eu un tel parcours. Il serait plus qu’opportun, d’y réfléchir avant de congédier un employé.

pm

https://www.nouvelobs.com/sante/20180116.OBS0714/anxiete-burn-out-plus-de-10-000-affections-psychiques-reconnues-comme-accidents-du-travail-en-2016.html

Pierre Mathias

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