Il faut l’avoir vu ! J’ai tourné il y a des années des films sur les enfants des rues à Berlin. Des gosses entre 10 et 14 ans qui n’ont pas de domicile fixe, qui sont livrés à eux-mêmes. Ils ne venaient pas, comme il semble être actuellement le cas à Paris, du Maroc ou d’autres pays lointains. C’étaient souvent de jeunes allemands issus d’un milieu bourgeois qui avaient fugué. Et les parents ? Souvent ils ne réagissaient même pas, d’après les dires des cellules chargées de la protection de l’enfance. Il va sans dire que tous ceux que j’avais rencontré prenaient de la drogue, souvent pour masquer leur angoisse. Ce n’était pas par plaisir, par esprit de contradiction. Et pour se payer les stupéfiants, ils se prostituaient. Il y avait alors une clientèle avide de chaire fraîche. Je suis sûr que cela n’a pas changé depuis. Et comble d’ironie, si on peut décrire ainsi l’attitude des autorités, les clients n’avaient rien à craindre, car ils étaient issus de la bonne société. La loi qui aurait dû s’appliquer aussi à eux, les épargnait, car ils jouissaient en haut lieu de protections. Inutile de dire que cela me choquait lorsque des représentants de l’ordre me demandaient de ne pas faire des prises de vue de ces respectables personnes, au nom de la sauvegarde de leur personnalité. Et les enfants ? Ils s’en fichaient, les considérant comme étant du gibier lâché pour une chasse à courre. Comme personne ne s’occupait d’eux, peu importe qu’ils soient violés, torturés ou tués. Je sais qu’il en est toujours ainsi. Et la société? Elle se voile évidemment la face. Pour les mafias ces gosses sont des pépites d’or. Ils sont manipulables à souhait. Et lorsqu’il y a pénurie, on les importe d’un peu partout.

C’est là qu’on voit à quel point les institutions sont pourries, car elles laissent les plus faibles d’entre-nous soumis à un sort qu’ils n’ont pas mérité. Pour que le tout soit rentable, il est aussi courant qu’on utilise ces petites victimes pour des dons d’organes. Elles sont en mesure de livrer toutes les pièces détachées dont un chirurgien pourrait avoir besoin. Comme on leur a volé leur identité, elles n’existent pas. C’est si simple que cela. C’est la raison pour laquelle je réagis assez violemment à toutes ces actions caritatives ayant pour but le bien-être des enfants. Il ne s’agit pas seulement de faire des dons, il faut tout tenter pour dénoncer de tels agissements et pour que la police agisse efficacement. À Berlin, tout au moins à l’époque, elle détournait ses regards pour ne pas en prendre note. Après toutes les révélations des actes pédophiliques au sein des organisations religieuses, il aurait du avoir un rebond. Cela ne semble pas être forcément le cas. Une chose est certaine que lorsque je me promène dans les rues des villes, je vois souvent ces jeunes en errance. Que faire ? Je ne peux qu’inciter l’État a y investir autant de moyens que pour lutte anti-terroriste. A-t-on pensé quel réservoir pourraient être ces enfants afin de les transformer en bombes vivantes ? Des êtres désespérés cherchant un jour à se venger des institutions qui les ont laissés tomber. Il ne faut pas étonner que des jeunes aussi meurtris par la vie, ne voient plus que leur avenir dans la vengeance. Je ne sais pas comment je réagirais dans une situation identique ? De la haine ?

pm

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/08/03/a-paris-des-enfants-des-rues-drogues-et-violents-laissent-les-services-sociaux-desempares_5168055_3224.html

Pierre Mathias

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