Après des années de bipartisme, la tentation de se placer politiquement au centre est grande. Mais qu’est-ce le centre ? Pour l’instant une nébuleuse, un terrain mouvant qu’on ne peut pas définir exactement. C’est comme dans une centrifugeuse, où le chimiste essaye de séparer les éléments sans y arriver, car il n’y a pas de courant. Je pense que la dénomination « centre » est aussi galvaudée que le clivage gauche-droite et qu’il faudrait avoir le courage d’inventer autre chose. C’est la chance que pourrait saisir Emmanuel Macron, à condition qu’il permette à son mouvement de se former. Cela prendra du temps ! Il y a des évolutions qu’on ne peut pas forcer, car elles se développent d’elles-mêmes. Laisser aux jeunes la possibilité de se poser des questions, d’aller à la recherche d’une vérité, même si elle ne se définit pas, est en soi à mes yeux la plus grande qualité du rassemblement « En marche ! ». Dans un premier temps il est bon de converger vers une agora, où tous débats sont les bienvenus, afin de réussir à se retrouver. Cela concerne avant tous ceux qui se sentent plus ou moins orphelins, mal entendus, livrés à eux-mêmes. Un grand élan à la recherche d’une harmonie, d’un peu plus de solidarité. Il est absolument légitime, mais ne doit pas mener aux pays des chimères. L’homme est malheureusement fait de contradictions. Il est divisé en soi. Et qu’on se le dise, il ne peut pas être neutre, car la passion le dévore souvent, même si elle n’est pas forcément perceptible. Mais il arrivera un moment, où chacun se dévoilera. Il en est pas différemment en politique.

Le compromis ne peut pas être un programme. S’il y a consensus, cela ne pourra que se faire après de vifs pourparlers, ce qui le rend en fin de compte plus pérenne. Je trouve un tel procédé positif, car il est profondément ancré dans la nature humaine. En moi s’entrechoquent constamment des avis contraires, que je nommerais des doutes. Seules des âmes simples ont des préjugés et restent campés sur leurs opinions. Au passage je salue le FN ! La loi de l’évolution démontre que les idées ne peuvent qu’être en marche, qu’elles évoluent et ne sont pas sculptées dans du marbre, car ce serait les étouffer. Je pense que les jeunes ont un grand besoin de s’exprimer et s’ils le font, il ne faut pas les mettre à l’étrier. Ce qu’on nomme communément le centre peut être le synonyme de la léthargie et de la paralysie. La 3ème et 4ème Républiques en sont mortes. À force de montrer de la compréhension, on risque de se nier soi-même. Il faut au contraire bien marquer ses opinions, mêmes si elles peuvent gêner et ceci en n’étant pas mis au pilori pour autan. Je crois que la grande chance du mouvement créé par Emmanuel Macron est qu’il réunit des personnes d’horizons et de sensibilités différentes. Il serait néfaste de les schématiser. Non, il faut au contraire les individualiser ce qui correspond à l’esprit de répartie français. Ce n’est que dans la douleur que naissent les grands mouvements d’idées. « En marche ! » est au début de ce qui pourrait être une grande aventure. Il serait plus que néfaste de chloroformer la controverse. Je pense que si on part dans cet esprit, il sera possible de donner à la démocratie plus de vigueur.

pm

http://tempsreel.nouvelobs.com/histoire/20170330.OBS7314/sortir-du-bipartisme-macron-reussirait-il-la-ou-la-ive-republique-a-echoue.html

Pierre Mathias

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