Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans se retrouvent à la tête du SPD. Avec 53 % contre 45 % pour Olaf Scholz, et Katia Geywitz, le score élevé a été une surprise. Ce sont les membres du parti (425.000) qui avaient eu l’occasion de donner leur voix. 217.000 ont tranché pour un virage à gauche. Pour la plupart des camarades qui sont opposés à la coalition gouvernementale avec le CDU/CSU. Ils veulent avant tout que leur parti s’engage d’une manière plus décidée pour les mesures à prendre en ce qui concerne le climat ou l’équilibre social. Ils se prononcent ouvertement pour une analyse plus pointue de la révolution numérique et en jauge les conséquences que cela aurait avoir pour les citoyens. Saskia Esken a fait des études dans ce domaine. Elle connaît parfaitement bien les perspectives qui se présenteront demain, dues à la robotique et à l’intelligence artificielle. Elle ne passe par quatre chemin pour exprimer ses craintes quant à l’emploi. Il est évident qu’il y aura un grand dégraissage, peut-être le plus grand depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Des perspectives menaçantes pour bien des employés et des travailleurs. Ses connaissances professionnelles ont été sûrement un atout de taille pour elle et pour Norbert Walter-Borjans qui ont obtenu l’aval des jeunes. Ils ont voulu que la nouvelle tête du SPD prennent en compte leurs soucis, car en fin de compte il s’agit d’eux. Mais aussi d’adapter le système politique à la situation actuelle et celle de demain.

Il est évident que le bouleversement climatique appelle à des mesures radicales. Il n’est plus possible de livrer des petites doses de réformes, pour calmer l’inquiétude des électeurs. Le SPD, comme on le sait, est en dérive, parce qu’il a souvent abandonné la démarche qui devrait être la sienne, celle d’être l’avocat des plus démunis. La realpolitik lui a causé du tort. Il n’a tiré aucun avantages des lois qu’il a préconisées. Avec 14 % il n’y a pas de quoi faire la fête. Il est moins sûr que jamais que le gouvernement puisse continuer son travail jusqu’en 2021. Cela renforcerait la crise que ce pays vit actuellement. Je crains fort que le SPD, quant à lui, plonge encore plus bas dans les sondages. Ce n’est pas en faisant de la récupération qu’il pourra se refaire une santé. Mais malgré tous les arguments qui auraient été en faveur de la méthode douce, il faut reconnaître qu’aucune solution pérenne se présente actuellement. La nouvelle direction n’aura pas non plus les mains complètement libres. Les partisans de la ligne Scholz-Geywitz se recrutent au Bundestag, chez les ministres-présidents des Länder. C’est a dire au sein de la nomenclature. Il faudra composer avec eux ainsi qu’avec les ministres SPD. Ce qui vient de se passer peut être considéré comme un électrochoc. On y voit la patte du charismatique Kevin Kühnert, le chef du Juso, la jeunesse socialiste. C’est un trentenaire qui a vraiment un talent politique hors-mesures et qui préconise une traversée du désert, afin que le parti se redéfinisse et s’engage pour un programme nettement à gauche. Le but serait de former un gouvernement avec les Verts et « die Linke ». Le but est de présenter une vraie alternative aux électeurs, de ne pas leur servir un plat fade. Mais n’empêche que c’est un sauve-qui-peut avec une issue incertaine.

pm

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/11/30/allemagne-coup-de-barre-a-gauche-du-spd-l-avenir-de-la-grande-coalition-de-merkel-en-suspens_6021205_3210.html

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