Hella Kherief, une aide-soignante de Marseille, a écrit un livre au sujet de la situation des Ehpads, les établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle a été renvoyée d’une maison privée à la suite de ses révélations. Elle y décrit le quotidien des pensionnaires et le désarroi du personnel ne pouvant pas faire face aux tâches qui lui sont assignées. Elle y décrit ce que ses collègues un peu partout en Europe vivent jour après jour. La branche se trouve en état de collapsus, c’est à dire d’un effondrement complet. L’État n’est plus en mesure d’assumer à lui-seul les soins des personnes du troisième-âge, car la population vieillit de plus en plus et ceci grâce au progrès de la médecine. Il est aujourd’hui possible de rallonger la vie de quelques années, mais dans quelles conditions ! Tant que cela n’atteint pas la dignité humaine, il n’y aurait rien à redire, mais ce n’est souvent pas le cas. Les Ehpads sont souvent transformés en mouroirs, où on parque des grabataires. Pour essayer d’épargner au mieux le personnel, les seniors sont gavés de médicament, afin de les maintenir dans un état semi-comateux. Les visites que j’ai faites dans de tels établissements me reviennent à l’esprit. Je me souviens des regards vides de certaines de mes connaissances. Certaines étaient encore il y a peu vives, capables de comprendre ce qu’on leur disait. Dans un temps record, elles devinrent des légumes à cause des coups de massue chimiques qu’on leur assénait. Pourquoi ne pas faire intervenir la nature ? Les faire mourir correctement ?

La criminalité organisée a découvert qu’avec les Ehpads on pouvait faire du beurre. Pour qu’il y ait du profit, il faut garder en vie les pensionnaires le plus longtemps possible. Hella Kherief cite un exemple d’une personne qui devait payer 2.300 Euros mensuellement. Une somme qui pour un particulier est élevée, mais qui ne peut pas de loin couvrir les frais des soins, s’ils sont adéquats. Pour arriver à gagner de l’argent, il faut en dépenser le moins possible. Lorsqu’un cuisinier déclare qu’il avait 4,95 € à disposition pour quatre repas par personne par jour, il est permis de se faire une idée, de quelle manière ces personnes sont nourries. De même si une personne doit s’occuper de 15 pensionnaires n’étant plus en mesure de se mouvoir seul, d’aller aux toilettes ou de se nourrir. Des conditions impossibles dans une société qui se veut être solidaire. Pour revenir à une vieillesse digne, il faudrait interdire le harcèlement médical, mais là aussi « toute rallonge » est un apport considérable d’argent. Lorsque ma mère était à l’agonie en 1995, les médecins voulaient rallonger sa vie. Je savais que pour elle il ne pouvait pas en être question. Je leur demandais, s’il y avait des chances de rétablissement. Aucunes, c’est ce qu’on me répondit. Je demandais alors qu’on arrête immédiatement de la maintenir artificiellement en vie, ce qu’il ne faut pas confondre avec l’euthanasie. Après pas mal de réticences, l’hôpital accepta de se conformer à ses vœux. Si je n’étais pas intervenu, elle aurait encore végété des mois aux frais de son assurance-maladie. Les faits démontrent que de maintenir en vie une personne à tout prix, ne peut qu’être que synonyme de calvaire, tout au moins dans la plupart des cas. Est-ce conforme au serment Hippocrate ? Je ne le pense pas !

pm

https://www.nouvelobs.com/sante/20190509.OBS12691/scandale-des-ehpad-le-recit-poignant-de-hella-kherief-aide-soignante.html

Schreibe einen Kommentar

Deine E-Mail-Adresse wird nicht veröffentlicht. Erforderliche Felder sind mit * markiert