Ce qui semblait jusqu’à ce jour comme immuable, s’est enflammé comme une boîte d’allumettes. Des centaines d’années d’histoires, de traditions… Notre-Dame était un gage de continuité ! Les Français pouvaient s’y fier, y trouver leurs repaires peu importe qu’ils soient chrétiens, musulmans, juifs ou athées. Elle était un roc dans la tourmente. Beaucoup d’entre-nous ont l’impression d’être aujourd’hui des orphelins délaissés par la destinée. Le choc restera encore longtemps ancré en nous. Il est pour moi significatif, que nous soyons encore, au 21ème siècle, malgré le progrès technologique, dépendant de tels symboles. La logique peut nous animer jusqu’à un certain point, mais il faut constater qu’au bout du compte, seuls les sentiments nous guident. Lorsqu’il est question de pragmatisme, il est permis d’en douter. C’est un vœu pieu, rien de plus, rien de moins ! Vouloir ainsi se détacher des lois de la survie, ne mène finalement à rien. Au bout du compte seul l’instinct reprend le dessus, il nous prend en otage. La raison pour laquelle nombre de nos initiatives sont irrationnelles, comme les sentiments qui nous animent ces derniers jours. Je me suis demandé pour quelle raison je suis bien plus touché par l’incendie de la basilique de Notre-Dame que par le génocide au Yémen, où des milliers d’enfants sont massacrés, ou toute une culture subit des bombardements dévastateurs, où la torture est de mise. Je dois dire que j’ai un sentiment de honte, lorsque j’ai constaté cet état de fait. Pour moi une question de conscience que je ne peux pas ignorer.

Je veux essayer d’analyser un tel comportement. Tout ce qui se passe à proximité nous touche plus. Nous sommes confrontés directement à des évènements, ce qui les rend très concrets. Le Yémen est loin, beaucoup d’entre-nous n’y sommes jamais allés. Il n’y a pas de liens viscéraux. Les images terribles à la télévision, ne sont pour nous que du numérique. Comme ce qui se passe dans certains jeux vidéos, aussi réalistes soient-ils, où le fait de tuer, n’est qu’une fiction. Il aurait pu être en être de même avec l’autodafé de Notre-Dame, mais cela n’a pas été le cas. Les pierres, dans ce cas-là nous sécurisent, d’autant plus qu’elles ont survécu aux affres de l’histoire. Elles nous ont donné une identité. Je pense que nous nous trouvons ici au centre de nos préoccupations. La peur que tout s’effondre en nous explique le désarroi des personnes qui ont été interrogées par les médias. Je pense qu’il est représentatif pour un nombre considérable d’entre-nous. Nous nous apercevons maintenant qu’une seule étincelle peut embraser notre édifice mental, ce qui nous angoisse. Dans le monde virtuel dans lequel nous vivons, la preuve que le concret primera toujours. Le drame que nous venons de vivre devrait nous inciter à revenir plus ou moins « au plancher des vaches », sentir sous nos pieds du solide. Il serait impératif de quitter, tout au moins pour quelques heures, ce monde éthéré que nous prenons pour de la réalité. C’est ce que je veux essayer s’expliquer à mon petit-fils pendant les jours de Pâques, l’inciter à ne pas s’échapper à la réalité. Qu’il prenne conscience de son environnement qui n’est pas fait d’algorithmes. Plutôt de pierre et de bois, comme notre grande mutilée, qu’est Notre-dame !

pm

https://www.nouvelobs.com/debat/20190416.OBS11672/pourquoi-ce-sentiment-de-fin-du-monde.html

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