Je vais essayer de me mettre dans la peau d’un Cherif Chekatt, l’homme qui a pris sur son compte de tuer trois personnes et d’en blesser 13, dont certains grièvement. Quelle a été sa motivation de provoquer un tel massacre  à Strasbourg? Est-ce vraiment au nom d’Allah ou plutôt parce qu’il ne voyait plus aucune issue à sa vie? À 29 ans avoir fait déjà cinq ans de prisions, n’est pas un bilan très glorieux. J’ai toujours du mal à croire que la religion peut mener à se suicider ainsi. Je crois plutôt que c’est du domaine du fanatisme, de croire qu’on pourrait d’un seul coup rayer de son bilan tous les péchés, que la porte du paradis soit ainsi grande ouverte et que le délinquant soit reçu par une « flopée  de vierges ». C’est vraiment une imagerie d’Épinal que de se perdre dans de tels rêves. J’ai de la peine à croire qu’un homme qui est né en France et qui y a passé toute sa vie puisse tomber dans de telles chimères. Cela ne repose vraiment sur rien, d’autant plus que le coran, comme la bible ou la thora, condamnent le meurtre et le suicide. Si Cherif Chekatt avait lu les écritures saintes il n’en serait jamais arrivé là. Cela repose plutôt sur le désire de quitter ce bas-monde en héros. Une fois de plus une attitude néfaste provoquée par les médias, celle de se faire un nom, peu importe comment. Tout cela démontre à quel point la société est malade de croire que le crime peut faire reluire une existence qui a été une longue suite d’échecs. Mais où sont restés les parents et les amis dans tout cela ? N’ont-ils pas vu le désastre dans lequel il s’embourbait ? N’a-t-il pas été manipulé par une interprétation erronée du message du Prophète ? Est-ce son milieu qui a pu le fanatiser à ce point ?

Il a été dit que c’était lors de sa détention, qu’il a été « infesté » par des codétenus ? Vous me direz à quoi bon se casser les méninges pour de tels individus ? Je vous répondrais qu’il est essentiel de comprendre de telles démarches, si on veut enrayer, tout au moins en partie, le fléau qui a pour but de nous déstabiliser. Il est évident que l’aspect social joue un rôle évident. Des personnes connaissant depuis tout petit la précarité sont un terreau favorable pour le terrorisme. En ce qui concerne l’hexagone, il faut au plus vite s’occuper d’une manière efficace du problème des banlieues. Le quartier du Neuhof à Strasbourg en fait partie. J’y ai tourné il y a quelques années. Un vitre latérale de notre voiture a été brisée afin de voler une partie de notre matériel de tournage qui s’y trouvait. C’est une cité-dortoir, où ont été parqués des milliers de familles que la société avait rejetés. Des personnes comme Cherif Chekatt issues de l’immigration. Ayant été très souvent à Strasbourg pour mon travail, je sais que ce quartier est considéré comme maudit par les habitants bon chic bon genre. Mes collègues m’ont bien fait comprendre qu’il ne fallait pas que je me rende dans ce ghetto, où il y avait que des habitants en déshérence. Il est évident que dans de telles conditions, les gens qui habitent à Neuhof soient des plus frustrés, des citoyens de seconde classe qu’on est bien obligé d’accepter. Que cela développe de la haine, en particulier chez des personnes déstabilisées, n’est pas étonnant. Il faut avoir un sacré caractère pour pouvoir supporter une telle exclusion. Cela a dû être le cas de Cherif Chekatt, mais ne l’excuse aucunement.

pm

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/13/attentat-de-strasbourg-le-tireur-presume-cherif-chekatt-abattu-par-la-police_5397148_3224.html

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