Sevran, une ville de banlieue aux portes de Paris, est une des plus pauvres du département de Seine-Saint Denis. Son maire, Stéphane Gatignon, a donné sa démission après 17 années passées à la tête de sa ville. Son but était, comme il le dit lui-même, de faire « péter le ghetto ». Malgré certaines réussites, comme le raccordement de Sevran au métro parisien, il montre son désarroi quant à l’intégration des banlieues au sein de la République. Il constate toujours à nouveau un réflexe de rejet, qu’il trouve déplorable. Il ne peut pas être question pour elle, d’égalité, de fraternité et de liberté. Elle est le mauvais élève qu’on place au fond de la classe. On ne l’affuble pas comme dans le temps, d’un bonnet affublé d’oreilles d’ânes, mais on en est pas loin. La banlieue est l’égal de la déchéance sociale, de l’échec professionnel et familial. Elle est un ramassis dans lequel on parque tous ceux qu’on considère comme étant indésirables. Ce n’est pas en agissant de la sorte, qu’il sera possible d’obtenir un progrès quelconque. Je peux très bien comprendre Stéphane Gatignon après avoir tourné plus de vingt ans en banlieue. J’ai commencé à m’intéresser à elles lors des incidents des Minguettes, une cité proche de Lyon. C’était une des premières manifestations « de raz-le -bol ». En 1983 y est née la marche contre l’inégalité et le racisme. Depuis j’ai l’impression que bien peu de choses se sont passées. Les tensions en banlieues sont plus tendues que jamais. Puis vient s’ajouter à tout cela l’intégrisme islamique qui stimule l’agressivité et la violence.

Pour beaucoup de citoyens, il n’est pas étonnant que la plupart des terroristes sont issus des cités, des individus marqués par l’échec. Je ne vais pas préconiser de faire appel à une fée et sa baguette magique, mais je souhaiterais de toute mon âme que cet apartheid disparaisse enfin. Il n’est pas digne du pays des droits de l’homme. Mais pour qu’il y aille amélioration, il faut que toutes les communautés y mettent du leur. Il faut enfin mettre terme aux luttes religieuses, qui enveniment encore plus une situation sociale proche du point de rupture. Il subsiste toujours la peur que la moindre étincelle puisse mettre le feu aux poudres. C’est la raison pour laquelle, je le suppose, le maire de Sevran a voulu donner un signe médiatique en démissionnant de la sorte. Mais je crains fort que ses récriminations tombent dans la trappe. Personne ne veut être confronté à un puits sans fond. Il est évident que l’échec est programmé. Mais j’ai tout de même de la peine à comprendre que l’on ne s’attelle pas aux problèmes existants. À Marseille j’ai vu un modèle qui pourrait être un gage d’avenir. Dans les quartiers Nord j’ai eu l’occasion de tourner dans une copropriété qui était dans un état impeccable. Au lieu de louer les appartements, les habitants, la majorité issus de la migration, ont acheté leurs quatre murs. On leur avait donné accès à des crédits très avantageux. Ce qui avait caractérisé cette action, c’est que la grande majorité des habitants avaient du travail, que leurs enfants avaient un certain succès à l’école et dans la formation professionnelle ou universitaire. La preuve que si l’environnement est humain, le taux de réussite augmente.

pm

http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/03/27/stephane-gatignon-j-avais-dit-que-je-demissionnerais-le-jour-ou-je-n-y-croirais-plus-nous-y-sommes_5277175_823448.html

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