Recep Tayyid Erdogan continue d’employer la force afin de se maintenir au pouvoir. Depuis le coup d’État de 2016, 140.000 fonctionnaires ont été limogés, 44.000 jetés en prison. Le 24 décembre d’autres personnes ont été mises à pied, soit 2756 serviteurs de l’État, parmi eux 637 militaires et 105 universitaires. Il est permis de se poser la question de savoir si un jour, il ne mettra pas toutes la nation sous verrou. Le fait de se sentir ainsi traqué est en fait un geste de faiblesse. La Turquie est plus isolée que jamais. Personne ne peut dire aujourd’hui où tout cela mènera ? Le rapprochement avec la Russie ne pourra pas remplacer les liens qui existaient avec l’OTAN. Même s’ils sont encore présents, je me pense qu’ils appartiennent au passé. L’Alliance atlantique aura de plus en plus de mal à accepter un pays qui est en train d’instituer la dictature. Les rapports avec l’UE sont gelés, c’est le moins qu’on puisse dire. Le rêve d’une société libérale de Mustafa Kemal Atatürk s’est estompé pour laisser place à l’islamisme. Il n’est certes pas comparable à celui des fanatiques de la région, mais il détruit de plus en plus les rapports avec l’Occident. C’est un retour en arrière à l’obscurantisme, celui qu’avait combattu l’architecte de la Turquie moderne.

En augmentant son engagement dans la région, Erdogan rêve à la restauration de l’empire ottoman. Mais il devra s’attendre à une forte résistance. Des centaines d’années d’occupation sur le pourtour méditerranéen ne sont pas passées inaperçues. Il n’est pas à prévoir qu’une mainmise d’Ankara sur la région soit accueillie avec joie, au contraire. Le combat mené par les Kurdes contre Erdogan se renforcera. Ils pourraient devenir un jour les alliés de l’Europe. N’oublions pas que dans le conflit irakien, l’Allemagne les soutient en leur livrant des armes. La mégalomanie n’a jamais servi un politicien. Il en sera de même du président turc. Mais combien de temps faudra-t-il encore attendre pour être libéré de son joug. On oublie trop souvent l’équilibre des forces politiques en Turquie. L’opposition est presque à égalité avec le parti au pouvoir. On ne peut donc pas parler de ras-de-marée des islamistes, au contraire. Erdogan le sait parfaitement, c’est sûrement ce qui le pousse à continuer à faire des purges. Que faudrait-il tenter afin de sortir de cet imbroglio ? Il ne faudra pas à mon avis montrer de la faiblesse, car c’est un langage que le Président ne comprend pas. Mais d’un autre côté, personne ne devrait oublier tous ceux qui sont dépendants de ses humeurs. Erdogan n’a pas de scrupules de s’attaquer à des ressortissants de l’UE d’origine turque. Il l’a démontré en particulier en ce qui concerne des journalistes ou sociologues allemands, qu’il accuse aussi de complot. Les rapports entre les deux pays sont au plus bas. Lorsqu’on sait que la communauté turque en République Fédérale se chiffre à des millions, il y a de quoi être inquiet, d’autant plus qu’une majorité d’entre-eux apportent leur soutien à Erdogan. C’est une réalité qu’on ne peut pas ignorer. Je me trouve actuellement à Berlin, où les habitants d’origine turque sont chiffré à plus de 300.000. Jusqu’à présent le calme règne, mais pour combien de temps ?

pm

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/26/en-turquie-la-purge-sans-fin_5234483_3232.html

Pierre Mathias

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