Cela aurait dû être un débat contradictoire, cela a été en fait une conférence de presse de la grande coalition. Je veux parler de la seule apparition commune des deux candidats à la chancellerie que sont Angela Merkel et Martin Schulz. Deux leaders qui ont tout fait pour ne pas s’égratigner. Il y a eu certes de la surenchère en ce qui concerne la Turquie, qui pour les deux n’est plus digne de devenir membre de l’UE. Cet exemple donne l’impression que les deux se renvoyaient la balle comme dans une partie de tennis. En les entendant l’impression prévalait qu’ils faisaient tout pour ne pas perturber l’harmonie qui règne entre eux. Pas de phrases assassines ! Cette performance m’incite à mettre en garde le peuple allemand contre ce que je nommerais les effets pervers du consensus. Il est évidemment nécessaire de l’appliquer en politique, mais après que chaque représentant de telle ou telle tendance ait défendu à corps et à cris ses propres postions. Il ne peut pas être une fin en soi, car dans ce cas-là il étouffe toutes propres opinions. C’est l’impression qui prévaut après ce qui aurait dû être une joute acerbe. Il en découle une certaine fadeur, qui paralyse en quelque sorte le débat d’idées. Ma grande crainte est que tout cela aboutisse sur un ras-le-bol en ce qui concerne la res publica. Cela pourrait découler sur un radicalisme qui pourrait devenir terriblement dangereux. Cela ne se déroulera pas le 24 septembre de cette année, mais qu’en sera-t-il dans quatre ans ? Il est tout à fait envisageable que les extrémistes prennent du poil de la bête. Même si la grande coalition a été couronnée d’un certain succès, je crains que nombre de citoyens émettent le souhait qu’il y ait un changement. Il est plus évident que jamais, que cela ne se déroulera pas dans de telles conditions.

On ne peut qu’espérer que nombre de citoyens frustrés ne donnent pas leur voix à l’AfD, qu’ils ne se laissent pas tenter par le néo-fascisme. Nommons les choses par leur nom ! Il ne s’agit pas d’autre chose. Et ceci plus par ennui que par nécessité. La situation en Allemagne est la meilleure depuis longtemps, mais ce n’est pas forcément ce que les gens désirent. Autrement ils ne détruiraient pas constamment ce qui fonctionne assez bien. Je pense que la plupart des citoyens pourraient bien vivre avec la prorogation de l’état actuel. La coalition noire-rouge est et a été assez efficace, mais comme on sait, la normalité est un plat souvent peu épicé. Que faire dans une telle situation ? Des voix préconisent que le SPD se refasse une santé dans l’opposition. Sur le papier cela serait cohérent, mais tout dépend des rapports de forces. Si l’extrême-droite marque beaucoup de points, il faudrait former un gouvernement qui repose sur des bases solides. Un ou peu de députés en plus ne suffiront pas. Dans ce cas-là les partis gouvernementaux continuerons à vivre en bonne harmonie parce qu’il n’y aurait pas d’autres solutions. En entendant les deux candidats il est sûr que l’Allemagne serait en de bonnes mains, d’autant plus que les opinions sont très proches les unes des autres et qu’on peut sentir de part et d’autre de l’empathie. Ce n’est évidemment pas la bonne recette pour mettre du poivre dans un plat de résistance.

pm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/09/04/ue-merkel-veut-mettre-un-terme-aux-negociations-d-adhesion-avec-ankara_5180504_3214.html

Pierre Mathias

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