Les Suisses ont massivement voté pour le renforcement de la surveillance électronique des services secrets. Une fois de plus un pan de liberté individuelle est en train de s’écrouler. La peur du terrorisme paralyse de plus en plus le système démocratique et remet en question les valeurs essentielles que sont la libre circulation des citoyens. Un réflexe certes compréhensible, mais par pour autant innocent. Les islamistes, c’est d’eux qu’il est question, réussissent une fois de plus à perturber notre société. Nous devenons de plus en plus transparent à nos dépends. Tout se sait ; les services retrouvent nos traces, peu importe où nous allons ; ils s’immiscent dans notre vie intime. Rien n’est plus secret. Bien qu’on le sache, cela met mal à l’aise. Une porte ouverte sur bien des abus et sur le totalitarisme. En nous réfugiant dans une bulle de savon, nous ne serons pas plus en sécurité. Les terroristes réussiront toujours à franchir les murs qui ont été érigés soi-disant pour notre sécurité. Il est symptomatique qu’une démocratie telle que celle pratiquée en Suisse où la liberté de chacun est pour ainsi dire un dogme, se plie à telles contraintes. Cela démontre que l’EI a atteint son but, celui de nous déstabiliser plus. Cette évolution va à mon avis dans le mauvais sens, parce qu’à long terme elle nous pervertit de plus en plus. Elle laisse plus de place à la délation, à la discrimination de tous ceux qui à priori n’entrent pas dans un certain schéma. C’est du poison qui nous conduit à douter de tout, à remettre en question toute solidarité. Je ne peux que condamner des tendances qui contribuent de plus en plus à créer le doute. Comme on le sait il est le vecteur de l’exclusion, du racisme. Tout ce qui d’après « les honnêtes citoyens », détonne dans le paysage sera mis sous tutelle.

Il y a bien sûr de soi-disant des garde-fous, mais je n’y crois pas trop. Lorsque l’ambiance politique est contaminée, comme elle l’est actuellement, il n’y a pas de raisons que les mesures de sécurités s’arrêtent là. Ne parle-t-on pas de camps de rétention pour tous ceux qui sont mis à l’indexe ? Ce serait la prochaine étape dans un monde aveuglé par une atmosphère sécuritaire qui ne peut qu’être un leurre. Toutes ses mesures sont un bon moyen de neutraliser tous ceux qui détonnent, qu’on veut mettre au ban de la société. Même s’il s’agit soi-disant de contrôles électroniques, l’aspect politique est désastreux, comme l’a souligné avec raison Edward Snowden. Les Suisses ont voté contre ce qui devraient être leurs convictions les plus profondes. Je pensais jusqu’alors qu’ils s’opposaient à plus d’État, à plus de mainmise. Ce qui s’est passé dans la république alpine est dans ce sens plus que désolant. Donner plus de pouvoir à big brother est un échec très profond, qui remet en question l’équilibre de la Suisse. Je me pose évidemment la question, si le peuple en est vraiment conscient. Se rend-t-il vraiment compte que plus de police freine ses compétences ? Que des décisions indépendantes du contrôle parlementaire pourront être prises au nom de la lutte antiterroriste ? Il y a de quoi frémir ! Si un des berceaux de la démocratie galvaude ainsi ses valeurs, il y aura de moins en mois de liberté. À bon entendeur !

pm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/25/les-suisses-aux-urnes-pour-moderniser-leurs-espions_5003058_3214.html

Pierre Mathias

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