Le président Obama a déclaré à Hanovre qu’il était pour une Europe forte et sûre d’elle. On en est loin. Cela freine forcément les négociations qui ont lieu au sujet du Tafta, une zone de libre échange transatlantique. Il ne s’agit pas seulement de baisser les frais de douanes, mais aussi d’adapter les normes industrielles et agricoles. Bien entendu il est aussi évident que les finances et l’essor économique y joueront un rôle de taille. En principe une telle initiative pourrait être positive, si elle partait d’un équilibre des chances. L’UE subit en ce moment des coups de boutoirs venant essentiellement de l’intérieur. La crise grecque n’est pas réglée, les disparités économiques entre le Sud et le Nord restent profondes, l’Est se montre de plus en plus nationaliste et comme cerise sur le gâteau, le Royaume Uni pourrait bien voter pour le Brexit. Évidemment pas une position de force pour les négociateurs. Mais aussi aux États-Unis il y a opposition. Tous ceux qui préconisent un replis sur soi-même, craignent qu’un tel accord puisse générer de nouvelles responsabilités et contraintes, que le bénéfice annoncé ne comblerait en aucune manière les procédures légales qui devraient statuer les règles de jeu. Je veux citer l’écologie comme un point essentiel de l’achoppement entre les deux continents. Il est évident que la compagnie Monsanto, qui produits des semis, a intérêt d’étendre son monopole aussi en Europe. La refus des européens d’accepter les produits transgéniques n’arrêtera pas cette croisade. Il est à craindre qu’avec le Tafta toutes nos règles environnementales soient rendues caduques. Cela reviendrait à dire que notre agriculture serait soumise à de telles pressions, que la qualité en souffrirait. Les conséquences pour la santé publique pourraient être des plus néfastes. Il en va aussi du droit du travail et de la législation sociale. Il y a de telles différences entre les USA et l’UE, qu’il serait à craindre que les prix de ventes ne soient pas équitables. Tant que les ouvriers et les employés américains pourront être renvoyés sans préavis, il serait étonnant que notre continent puisse être en mesure de tenir tête. Je ne vois pas dans la situation actuelle qu’elles pourraient être les progrès d’ici peu.

Nous avons à faire à un président en fin de parcours, qui au fond n’a plus rien à dire. La Tafta amènerait une révolution encore bien plus profonde, que ce que Bernie Sanders nous laisse entrevoir. Sans une social-démocratie il serait vain de s’attendre à un traité équitable. Mais il y a aussi autre chose. L’idée de cet accord est venue du fait que la Chine, malgré ses revers momentanés dans le domaine économique, se hisse à la tête du commerce mondial. Il s’agit de lui opposer quelque chose d’efficace. Il s’avère que la crise de 2008 a plongé les États-Unis dans une crise de confiance, comme celle que nous vivons actuellement en Europe. Ce n’est probablement pas la bonne médecine à employer afin d’équilibrer nos économies. Tant qu’au sein de l’UE il y a de telles différences, nous ne pourrons jamais parler d’une seule et même voix. Que faire ? Je ne vois pas d’autres solutions que de repousser l’élaboration de ce cahier des charges, d’attendre que des deux côtés de l’Atlantique le calme s’instaure à nouveau. C’est alors que nous pourrons discuter, car le Tafta, est nécessaire à long terme. On partant d’une autre position nous atteindrons plus.

pm

http://www.liberation.fr/futurs/2016/04/25/ttip-les-obstacles-pour-obtenir-un-accord-avant-les-elections-americaines_1448505

Pierre Mathias

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