Je veux revenir à la tragédie du crash de l’avion de la Germanwings dans les Hautes-Alpes. Maintenant qu’il est établi que la catastrophe n’a pas été due à une défection technique, il est permis de se poser des questions sur les normes de sécurité. Une chose est sûre, lorsque il y a urgence absolue, seul le génie humain peut agir. C’est à la fois rassurant et inquiétant. Mais il a aussi ses limites comme on a pu le constater. L’automatisation se développe de plus, une évolution qui démontre que notre dépendance face à l’informatique prend des proportions restreignant de plus en plus notre liberté d’action. Mais on ne peut pas se fier entièrement à elle. Dans le cas qui nous occupe elle n’a pas été en mesure de constater que le copilote avait enclenché une action suicidaire. La technique restera toujours dépendante de notre volonté, ce qui est souhaitable.

D’un point de vue éthique, je condamne toutes initiatives pouvant restreindre nos devoirs. Un exemple : les premières voitures sans conducteurs se pointent à l’horizon. Mais cela pose des problèmes juridiques. Que faire s’il y a défection ? Qui est le responsable en cas d’accident ? Je ne vois pas comment on pourrait condamner un ordinateur des méfaits qu’il a commis ! De même dans l’aviation. Sans une présence active des pilotes, les risques d’accident sont incontournables. Mais elle peut aussi engendrer des drames, comme cela a été le cas au début de la semaine. La solution se situe dans une coopération effective entre la technique et le bon sens de l’homme. Le danger réside dans le fait que nous nous fions de plus en plus à la perspicacité des ordinateurs. Nous partons du principe qu’ils sont presque parfaits et devenons de ce fait de plus en plus laxistes. Le sens de l’improvisation en prend un sacré coup. Dans le simulateur de vol le pilote peut s’exercer à toutes formes d’imprévus, mais cela restera qu’un exercice. Tout ne peut pas être prévisible. Notre société n’accepte plus l’individualité même si elle prétend le contraire. Nous nous transformons de plus en plus en des fourmis incapables de prendre des initiatives hors normes. Et lorsque elles sont prises, elles sont considérées comme étant anarchiques. Le bricoleur, qui à l’aide de moyens du bord, se débrouille et trouve d’autres solutions, est une espèce en voie de disparition. Tout ce qui n’est pas cautionné par la technique est vu d’un mauvais œil. Le bon sens, qui nous dicterait d’autres moyens d’agir, est constamment remis en question. C’est une entrave à notre liberté d’action, l’esprit étant déconnecté. Le rôle de l’école serait de promouvoir plus d’initiatives de la part des enfants. Je ne sais pas si cela va dans le sens de la politique qui à l’aide du progrès technologique cherche à rendre les citoyens de plus en plus dépendants. Une évolution qui m’inquiète. Serions nous en train de devenir des automates ? Des êtres auxquels on demande de ne pas trop réfléchir ? Dans un tel cas il ne faut pas s’étonner que l’instinct bât de l’aile ! C’est peut-être ce qui a empêché les collègues du copilote de s’apercevoir dans quel état de détresse il était. Attendre une telle analyse de la technologie est un leurre. Il serait temps que chacun de nous se dise qu’il est autonome dans ses décisions. Cela a été le cas dans cette tragédie mais à quel prix !

pm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/26/le-point-sur-le-verrouillage-de-la-porte-du-cockpit_4602066_3214.html

Pierre Mathias

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