Les élections municipales et régionales ont marqué un tournant politique, qu’il serait possible de comparer à un cataclysme. Le Parti populaire s’effondre. Il perd 10% des voix par rapport au scrutin de 2011. Le Parti socialiste (PSOE), bien que perdant lui aussi 12,5% de son électorat, pourra remporter le pouvoir dans bien des villes et des régions. La gauche radicale, Podemos, et le centre droit, Cuidadanos, seront à l’avenir incontournables. La polarisation de deux grands parti est un spectre du passé. Ce qui se passe en Espagne est le signe que les partis traditionnels ont échoué à faire comprendre au peuple, que leur politique d’austérité est une nécessité pour sortir du marasme. Malgré certains succès en ce qui concerne la politique financière et économique, les citoyens ont vécu ces dernières années l’enfer. Ils n’oublient pas que les spéculateurs, soutenus pas des banques plus ou moins véreuses, les ont plongé dans la misère. Et ceux-ci les assimilent à la droite conservatrice. Lorsqu’on sait que le chômage touche avant tout les jeunes et que ces derniers ont souvent perdu toutes chances de pouvoir se redresser, il ne faut pas s’étonner. Des avenirs compromis par des margoulins, qui n’ont eu qu’une idée en tête, s’enrichir personnellement en pratiquant la corruption. La colère de toute une génération est légitime. Elle sent qu’on lui a tronqué une grande partie des chances de vivre décemment.

C’est un phénomène qui se profile un peu partout en Europe. Les uns votent pour le populisme de droite, comme en France ou en Hongrie, d’autre la gauche révolutionnaire comme en Grèce. Évidemment ces mouvements ne peuvent pas faire de miracles lorsqu’ils prennent le pouvoir. Ils jettent tout d’abord de la poudre aux yeux avant de se retrouver acculés à des problèmes insurmontables. C’est là qu’il est possible de s’apercevoir où se trouve le vrai pouvoir. Dans les places financières qui jouent au poker, sans tenir compte de la dignité des hommes. Seule l’avidité compte ! Le Podemos, s’il devait arriver au pouvoir en Espagne, ne pourra pas faire des miracles. Il se trouvera à la même enseigne que le Syriza de I’Alexis Tsipras. Il sera au bout du compte obligé de négocier avec les créanciers. Il ne peut pas refuser de le faire, faute de quoi le pays serait mis en état de faillite. La pression exercée par les grands argentiers a de quoi faire réfléchir. Elle démontre une fois de plus que l’éthique et le respect de l’être humains sont des mots vides de sens lorsqu’il s’agit de générer des profits. Ils le font sans tenir aucunement compte des conséquences politiques que cela peut engendrer. Pour l’Europe une descente ne enfer. Ne serait-il pas temps de mettre sur pied un plan Marshall qui ne consiste pas seulement à combler des trous financiers, mais qui redéfinisse, sans tabous, une marche à suivre ? Très rapidement il serait évident que sans un programme social offrant aux citoyens un garde-fou, l’engouement pour l’UE se rétrécira comme une peau de chagrin. Dans ce cas-là le nationalisme reprendra le dessus, comme en Pologne avant hier. Une évolution inquiétante qui risque de plonger le continent dans une ambiance belliqueuse. Ne jouons pas avec le feu, agissons !

pm

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/25/seisme-politique-en-espagne_4639684_3214.html

Pierre Mathias

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