Lorsque je vivais encore à Paris, je me suis méfié de mes concierges. C’était un peu après mai 1968. Je savais qu’historiquement que Napoléon avait fait en sorte que les gardiens d’immeubles livrent des informations sur les habitants. Ils étaient les auxiliaires des services de renseignements de l’époque. Cette tradition s’est poursuivie plus ou moins jusqu’à aujourd’hui. Les pics de cette vague de délation ont été enregistrés à l’époque nazie avec la Gestapo et jusqu’en 1989 avec le Stasi en RDA. Chaque 5ème Allemand de l’Est avait des relations avec ce service d’espionnage de l’intérieur. On se dénonçait mutuellement même au sein d’une famille. Il s’en suivit une méfiance mutuelle qui prit des dimensions gigantesques. Pour ma part je suis complètement réfractaire à de telles attitudes. La seule fois que j’ai eu ma main un peu leste envers ma fille, que je n’ai jamais frappé avant et après, a été lorsqu’elle s’est mise à dénoncer une camarade auprès de son institutrice. Pour moi la délation envenime tous les rapports. Un exemple : Il avait été parfaitement incompréhensible pour nous que des voisins bien intentionnés aient pu nous mettre l’office de la jeunesse sur le dos, car notre enfant pleurait jusqu’à l’âge de trois ans la nuit. Thérèse ne voulait pas rester seule. Au lieu de venir nous voir directement, ils nous dénoncèrent auprès des autorités. Lorsque les deux préposées des services sociaux ont vu notre fille, elles furent rassurées. Elle était une enfant gaie. Après bien des cas dramatiques en ce qui concerne la violence exercée sur les petits et les femmes, je suis partisan, malgré mes réticences, d’un peu plus de vigilance. Mais avant toute intervention, je me mettrais en rapport avec les personnes concernées.

Il y a des situations, où l’intervention des citoyens est primordiale. Ces derniers temps, en ce qui concerne l’Allemagne, trop d’enfants ont été battus à mort, trop de femmes molestées. Chaque jour apporte son lot de drames, qui sans le laxisme des voisins, auraient pu être éventuellement évités. Mais ce que je préconise n’est pas de la délation, mais des interventions ouvertes, où les personnes concernées soient mises au courant des mesures prisent contre elles. Un exemple tragique de ce que peut provoquer « la mouchardise » est la déportation d’Anna Frank et sa famille dans les camps de la mort en 1944. Ce sont des personnes attentionnées qui ont mis la Gestapo au courant de leur présence. La délation est une manière de se faire bien voir, que ce soit auprès du pouvoir politique ou par ses supérieurs. Il faudrait la mettre au pilori, mais cela ne se passera jamais, car on la considère comme un moyen de répression. Il en va toujours du pouvoir et comme on le sait, seul le renseignement peut garantir sa pérennité. L’homme doit-il être menacé de manière constante, pour se tenir à carreau ? J’appelle de mes vœux que toutes formes de délations soient légalement condamnables, que la délation soit remise en question devant les tribunaux. Des illusions ! La justice, qui se veut tellement équitable, serait en grande difficulté sans les dénonciateurs. Elle les incite même à agir. Nous avons vu où tout cela pouvait mener : à une société complètement bâillonnée comme la RDA. Tout cela a suscité de la haine, du mépris.

pm

https://www.nouvelobs.com/politique/20191008.OBS19498/macron-appelle-t-il-a-la-delation-generale.html

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