Je suis évidemment pour une police citoyenne, mais je dois faire quelques remarques à ce sujet. Il est bon que les habitants d’un quartier, d’une banlieue difficile, sachent que les agents sont des leurs, pas automatiquement des fonctionnaires parachutés un peu par hasard. Je pense que si on veut plaider pour la sécurité, il faut bien connaître les problèmes que rencontrent les gens, que ce soit du côté social ou identitaire. Le rôle des forces de l’ordre n’est pas seulement d’être répressif, mais d’agir en amont, bien avant que des incidents viennent perturber l’atmosphère. Je vois leur rôle aussi dans le fait de désamorcer des bombes, afin d’éviter que la violence se répande comme une traînée de poudre qui risque à tout moment d’exploser. Lorsqu’on fait partie de la population, que sa famille habite le quartier ainsi que les amis, il est possible d’aborder les tâches avec plus de sensibilité. En outre, dans une telle ambiance, le dialogue est plus aisé. Ce n’est que par lui qu’il est possible de stabiliser des mouvements qui peuvent à tout moment se transformer en haine. Cela est d’autant plus dangereux lorsque des groupes ethniques se confrontent afin d’obtenir des privilèges. Et si la foi vient s’insérer dans tout ce tissus identitaire, cela risque d’exploser. Lorsque des policiers ont usé leurs culottes sur les mêmes bancs scolaire que ceux qu’ils doivent en principe aborder, cela peut faciliter les rapports. Mais lorsque j’ai tourné dans les banlieues chaudes, ce que j’ai fait plus de vingt ans, je me suis aperçu que la formation psychologique et sociologique de la police laissait souvent à désirer. Sans vouloir négliger les techniques policières qui sont nécessaires pour enrayer le mal, il faut donner aux femmes et aux hommes qui ont la fonction de nous défendre, les éléments d’analyses nécessaires pour que la paix puisse régner.

Cela consiste à coordonner toutes les actions des responsables politiques et de les influencer en ce qui concerne en particulier l’urbanisme, de bien veiller à ce qu’il n’y ait pas de ghettos. Une telle organisation de la banlieue doit se faire en amont. Le but est diversifier les quartiers. Cela demande des contactes étroits avec tous les acteurs qui ont la charge de rendre ces lieux d’habitation et de travail viables. Cela consiste à faire comprendre aux habitants qu’ils doivent participer activement à la planification et à l’élaboration de centres ayant le but de rassembler les gens. La police de proximité en fait évident partie, plus en temps que citoyens que de répresseurs. Il faut faire en sorte de créer un environnement propice aux contacts humains, aussi à la joie de vivre. En se prenant de cette façon il est même possible de faire prévaloir l’empathie. Mais évidemment ne pas céder à l’angélisme. Il est clair que la criminalité ne peut pas être éradiquée qu’à l’aide de bons mots. Je pense qu’un agent, qui rend visite à bien des familles chez elles, aussi dans celles où le soleil ne brille pas forcément, prenne à son compte le rôle du grand frère ou d’une sœur attentionnées. Pas toujours un rôle aisé, mais il vaut mieux cela que de rompre des ponts. La difficulté la plus grande consiste à ne pas perdre de son autorité. Sans respect cela peut aboutir à des remous. Peut-être la raison qu’il y a tant d’hésitation.

pm

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/18/la-police-de-securite-du-quotidien-voulue-par-macron-une-nouvelle-police-de-proximite_5202731_3224.html

Pierre Mathias

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