Je me souviens à la station Zoo de Berlin avoir rencontré tard dans la nuit un garçon de 11 ans, qui se prostituait pour se fournir en héroïne. C’était pour un film de la télévision allemande. Et la police était à deux pas de lui et ne le prenait pas en considération. Il était chahuté par de vieux messieurs en quête de chaire fraîche. Des gens soi-disant honorables qu’il fallait éviter de lphotographier. C’était du temps de l’affaire Marc Dutroux en Belgique. Quelque temps plus tard je passais dans la rue à Ixelles où le drame s’était passé. Une rue banale, grise, fichant le cafard. Et quand on parlait de lui, les regards fuyaient. Il y a eu parait-il des liens entre la Belgique et les milieux pédophiles de la capitale allemande. Le petit garçon du Bahnhof-Zoo était connu, comme me l’ont fait savoir les travailleur sociaux, qui distribuaient aux junkies un peu de soupe et des seringues propres. « Et les autorités ? Ne combattent-elles pas ceux qui poussent les filles et les garçons à la prostitution ? » Un terrain des plus délicats, car la crème de la crème de la société est mêlée à ce genre de trafic. En poursuivant mon enquête, j’appris qu’on importait des bébés que des prostituées avaient mis au monde clandestinement. Pas de nom, pas d’identité… Des êtres qui n’existent pas. Des enfants appelés à être assassinés au cours de partouzes sulfureuses. Là aussi du gratin ! Et tout cela se passe en Allemagne, au Benelux ou ailleurs. Pas dans un bouge en Arabie ou en Argentine… À deux pas de la civilisation, par des gens qui lisent Rilke ou Baudelaire. L’horreur ne s’arrête pas devant le porche des maisons de maître. J’ai aussi essayé de tourner dans des bordels ou la police soupçonnait que des mineurs étaient séquestrés. Évidemment sans succès.

J’avais appris que des toutes jeunes filles venant de l’Est de l’Europe avaient été forcées de se prostituer dans des auberges bourgeoise en pleine campagne pas loin de Stuttgart. On leur disait qu’elles auraient un emploi de femme de chambre, mais en fait de chambre, c’était un boxon. Les importateurs de chaire fraîche travaillaient dans ce cas bien précis avec la mafia russe. La justice m’avait présenté une jeune femme qui avait été enlevée. Elle avait eu le courage de témoigner au prix de sa vie. Elle n’avait plus d’identité, ne pouvait plus jamais revoir sa famille… Elle avait tout simplement disparu officiellement. Elle me confirma ce que je décris ici. En particulier le trafic des bambins. Pourquoi ai-je ce soir le besoin d’écrire cela ? Peut-être parce que je ressens le besoin de lutter contre des injustices. Je voudrais savoir ce qui se passe aujourd’hui. J’ai la glauque impression que rien ne s’est passé depuis. Que l’impunité est toujours la même. Tout cela me déchire. En tournant mes filmes dans le milieu, je ressentais le besoin de dénoncer tous ceux qui se trouvaient en retrait. Nous avions bien des doutes, mais la loi du silence était telle que nous étions désarmés. Et lorsqu’on évoquait des cas bien concret, des réactions surprenantes de la part des téléspectateurs. Ils prenaient les images que je leur présentais comme des fictions. « Bravo, il y a du suspense. » Pas un mot de compassion pour les enfants torturés, tués et jetés après emploi, comme sur une décharge publique. J’en ai honte…encore aujourd’hui.

pm

http://www.childfocus.be/fr/exploitation-sexuelle/prostitution-enfantine/prostitution-enfantine

Pierre Mathias

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