Christiane Taubira, l’ancienne garde-des-sceaux, a passé trois ans, huit mois et onze jours au ministère. Une femme qui a toujours osé se rebiffer, qui s’est exposée pour des raisons politiques. Détestée par la droite et l’extrême-droite, adulée par la gauche, elle a été la cible d’attaques discriminatoires. Attaquée avec des mots racistes, elle a su résister et passer à l’offensive. Le refus de baisser la tête la caractérisait. Maintenant elle a démissionné parce qu’elle refuse de changer la constitution en ce qui concerne la déchéance de la nationalité pour des ceux qui en possèdent une autre et qui ont commis des cimes. Une pilule difficile à avaler pour tous ceux qui représentent la gauche humaniste. Celle de la tolérance et des droits de l’homme. Mais il faut reconnaître que dans la situation tendue que nous connaissons actuellement, il est difficile d’être idéaliste. Madame Taubira l’est. Elle démontre à tous ceux qui veulent faire carrière, qu’une opinion doit être défendue, même si elle constitue une entrave a un curriculum vitae. J’ai beaucoup d’estime pour une telle attitude, en particulier dans un monde guidé par l’opportunisme. La réalité démontre que bon nombre de gens renient leur ligne individuelle pour s’insérer dans un courant d’idées majoritaire. L’économie met trop souvent la docilité au centre des ses conditions d’embauches. Ce qui en sort, ce sont des gens stéréotypés qui se mettent à plat-ventre lorsqu’ils sollicités. Ce genre d’attitude est néfaste, parce qu’il bâillonne la créativité. Christiane Taubira pourrait être taxée de rebelle. C’est tout à son honneur. Un exemple que bien des politiciens devraient suivre. Manuel Valls est ainsi libéré d’un élément protestataire au sein de son gouvernement.

Jean-Jacques Urvoas semble être plus docile. Pour le premier ministre peut-être plus de calme, mais est-ce la bonne attitude à prendre dans un gouvernement qui devrait constamment se remettre en question ? Justement dans le domaine des lois, il est bon qu’il y ait contestation, car elles s’adressent à la nation toute entière. La liberté de la justice est prioritaire. Le ministère ne peut que lui donner les moyens nécessaires pour s’exprimer, même si les dirigeants sont mis dans le collimateur. La position du garde-des-sceaux doit se démarquer de ses collègues qui ne sont pas soumis à des règles de tolérance, comme celle de la justice. La difficulté consiste à montrer de la couleur, sans pour autant en faire un dogme. Gérer un tel équilibre est une partie de passe-passe, qui ne doit pour autant sombrer dans une zone amorphe. Comment donner une personnalité à ceux qui doivent être passés maître dans l’art du compromis ? Dire son avis tout en laissant la porte ouverte à la négociation. Un équilibre difficile à garder. Lorsque Christiane Taubira a soutenu le mariage pour tous, elle l’a fait d’une manière passionnée. Elle n’a pas seulement géré une volonté politique. Plus, elle s’est imbriquée personnellement ne craignant en aucun cas les attaques de ses opposants, qui n’y sont pas allés de main-morte. Elle a tenu bon comme un roc ! Son successeur saura-il défendre de même la pluralité ? Aura-t-il le punch nécessaire de se mettre en avant lorsqu’il s’agira de défendre des lois impopulaires ? À voir !

pm

http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/01/27/christiane-taubira-egerie-et-bete-noire_4854855_823448.html

Pierre Mathias

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