John Kerry, le secrétaire d’État, a l’intention de négocier avec Bachar al-Assad. C’est une nouvelle qui me déplaît souverainement. Depuis quatre ans il a mis son pays à feu et à sang. 215.000 personnes sont mortes, la moitié de la population a été forcée de fuir et plus de 13.000 prisonniers ont été tués dans ses geôles. Et maintenant, sous les coups de boutoirs de l’EI, il est question de dialoguer avec lui. La politique doit souvent être menée d’une manière stratégique, mais il y a des limites que personne ne devrait dépasser. Le drame syrien n’a été guère justifiable. Il s’agit d’un autocrate qui s’accroche au pouvoir et pour qui tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. La destruction de son pays a été le prix à payer. Je comprends parfaitement que la croisade des islamistes nous met tous dans l’embarras, que nous ressentons du dégoût face au génocide et à la destruction de biens culturels irremplaçables, mais cela ne justifie pas de parler avec un dictateur qui a du sang sur les mains. Si cela devait se faire, il serait inutile de continuer à parler des bienfaits de la démocratie. Cela serait le comble du cynisme. Les valeurs pour lesquelles nous nous battons seraient traînées dans la boue.

Bien sûr le pragmatisme nous oblige parfois à fermer les yeux, mais choisir pour allié Bachar al-Assad causerait un dommage inestimable. Sur le terrain cela pourrait probablement apporter des fruits, mais l’image de l’occident par rapport au monde musulman serait à tout jamais entachée. À long terme cela serait une catastrophe. Des millions d’indécis rallieraient sans aucun doute les fous de Dieu. Je ne comprends pas que monsieur Kerry puisse envisager un tel pas. Des pays comme le Pakistan ou l’Indonésie se radicaliseraient d’une manière irréversible. La guerre se propagerait comme un feu de poudre et ceci tout aussi bien en Europe comme aux USA. La lutte contre le terrorisme risque dans un tel cas d’être totalement obsolète. Pourquoi ? Sans éthique il est impossible de convaincre les citoyens de nos pays de s’engager plus en avant. Dans ce début du 21ème siècle l’idéologie joue un rôle essentiel, ce que je trouve regrettable. Le fanatisme religieux prend des dimensions qu’il ne devrait jamais avoir dans une société moderne. Nous nous retrouvons en plein moyen-âge. Deux formes de société s’affrontent : celle d’un passé révolu contre celle d’un avenir technologique. Les uns cherchent à se replonger dans l’histoire, les autres voudraient nous forcer à devenir esclaves de la technique. Deux options inconciliables. Et dans tout ceci il est question de la liberté individuelle. Pour la défendre il est nécessaire d’avoir une attitude irréprochable, de mettre la morale au-dessus de tous agissements militaires. Dans le cas qui nous préoccupe il serait parfaitement exclu de donner à Bachar al-Assad les moyens de se réhabiliter, de cautionner une politique qui a comme seule répercussion la violence, l’injustice, le mépris de la vie. Les Républicains au congrès talonnent le Président, le poussent peut-être à se transformer en un faucon qui largue tous les principes qui l’ont fait élire. Je lui conseillerais de refuser de se soumettre aux pressions des lobbys qui voient dans la guerre la seule manière de se profiler. Une alliance avec Bachar al-Assad serait un déni complet aux droits de l’homme. Scandaleux !

pm

http://www.liberation.fr/monde/2015/03/15/la-syrie-entre-dans-la-cinquieme-annee-d-un-conflit-devastateur_1221023

Pierre Mathias

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