Les lois de la Realpolitik ne sont pas forcément celles de la morale. Emmanuel Macron recevra aujourd’hui en fin d’après-midi Vladimir Poutine au fort de Brégançon, soit cinq jours avant le G7 à Biarritz dont la Russie a été exclue après l’annexion de la Crimée et le soutien aux « indépendantistes » à l’Est de l’Ukraine. Il est à prévoir que tout sera fait du côté français afin qu’il y ait un rapprochement. Mais il faudra que le Kremlin bouge en ce qui concerne l’accord de Minsk et qu’il le mette enfin en pratique au Donbass. Le nouveau président ukrainien Volodymyr Selenskyj a proposé à Vladimir Poutine de le rencontrer. Je pense que la France fera tout pour qu’il y ait un rapprochement entre Kiev et Moscou, car ces évènements mettent en panne l’Europe toute entière. Il ne peut pas être dans l’intérêt des parties en causes de pérenniser la situation actuelle. Cela reviendrait à dire que le but escompté serait tout d’abord d’alléger les sanctions contre la Russie avant de les rendre caduques. Je sais, ce serait une pilule difficile à avaler, mais il faut se rendre à l’évidence que l’UE a marqué un autogoal en ce qui concerne le pragmatisme politique et que nous en retirons plus de désavantages que de bienfaits. Cette initiative a causé le rapprochement des populistes avec Moscou. Une pomme de discorde à l’échelle européenne. Des pays, comme la Hongrie ont réaffirmé leur opposition aux sanctions, commencent à envisager un rapprochement avec la Russie de Poutine. C’est aussi sous cet angle qu’il faudra voir ce qui se passera aujourd’hui au fort Brégançon. L’enjeu est de taille, depuis que les États-Unis nous provoquent constamment et font tout pour que l’UE implose.

Je vais prendre l’exemple de l’Allemagne, dont les relations avec Washington sont au plus mal depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’ambassadeur Richard Grenell se conduit un peu comme un gouverneur général et menace constamment le gouvernement de sanctions en ce qui concerne l’Iran ou le Nord Stream 2, le gazoduc en construction actuellement en mer Baltique. Il fait chanter l’industrie si elle ne se plie pas aux quatre volontés de Donald Trump. Il n’y a plus rien d’amical entre ces deux nations, qui s’étaient jurées une amitié « éternelle ». Puis il y a encore un fait concret qui devrait être discuté à Brégançon en ce qui concerne la République Fédérale. De plus en plus de politiciens des nouveaux Länder veulent un rapprochement avec Vladimir Poutine, parce que l’industrie régionale est complètement axée vers l’Est, notamment avec la Russie. Tous ces exemples démontrent que la politique est à des années lumières des principes qu’on s’impose. Et quand l’adversaire est un tacticien hors-pair comme Poutine, il faut être vraiment très fort afin de lui tenir tête. Au bout du compte l’Ukraine en fera les frais, car l’UE ne peut pas continué à être laminée entre les USA et la Russie. Le tout peut sembler nauséabond, mais rendons-nous enfin à l’évidence que nous avons toujours moins voix au chapitre. Soit nous voulons devenir un dominion des USA ou être à la traîne de la Russie. Au moins Moscou a plus besoin de nous que Washington, ce qui pourrait atténuer notre médiocrité. Emmanuel Macron sait bien qu’il n’y a pas lieu de pavoiser, mais seulement d’éviter plus de porcelaine brisée.

pm

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/17/entre-macron-et-poutine-l-amorce-d-un-rechauffement_5500249_3210.html

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